C3IV 2026 : ce qui a changé, et ce que ça coûte d'attendre

Le crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte n'a pas disparu fin 2025 comme le prévoyait son texte fondateur. Il a été prorogé jusqu'au 31 décembre 2028 — mais pas à l'identique. Taux abaissés de cinq points, plafond apprécié différemment, procédure d'agrément alourdie d'un second avis ministériel, liste d'activités éligibles réécrite pour trois filières sur quatre.

Si votre plan d'investissement a été chiffré sur la base des paramètres de 2024, il est faux.

Où en est le dispositif, précisément

Il faut distinguer trois choses que la plupart des sources confondent.

Ce qui est acquis. La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, proroge le C3IV de trois ans par son article 39. Le principe n'est plus discuté.

Ce qui a changé. Le dispositif reposait sur un encadrement européen temporaire adopté après l'invasion de l'Ukraine. Celui-ci est arrivé à échéance. Le C3IV bascule sous un nouveau régime d'aides d'État publié par la Commission en juin 2025 pour accompagner le pacte pour une industrie propre. Cette bascule n'est pas cosmétique : c'est elle qui impose la baisse des taux et la révision des activités éligibles.

Ce qui reste conditionnel. L'entrée en vigueur des nouvelles dispositions est suspendue à un décret, lui-même subordonné à la réponse de la Commission européenne sur la conformité du régime. Tant que ce décret n'est pas publié, l'administration ne délivre pas d'agrément sur le nouveau fondement.

⚠️ À vérifier à la date de votre lecture Le statut du décret d'application évolue. Avant d'intégrer le C3IV à un plan de financement, faites confirmer l'état exact de la procédure — la publication peut intervenir à tout moment et modifie immédiatement les conditions de dépôt.

Point qui concerne directement certaines entreprises : les nouvelles règles s'appliquent aux demandes déposées à compter du 1er octobre 2025 dont l'agrément n'était pas délivré au 31 décembre 2025. Autrement dit, si vous avez déposé au quatrième trimestre 2025 sans avoir obtenu votre décision, votre dossier bascule automatiquement sous le nouveau régime — et votre taux a baissé de cinq points sans que vous ayez rien fait. Le business plan présenté à vos financeurs mérite d'être repris.

Les nouveaux taux

Le principe reste le même : un taux qui dépend de la taille de l'entreprise et de la localisation de l'investissement. Tous les taux ont été abaissés de cinq points.

Taux du C3IV applicables après la loi de finances 2026 (art. 39, loi n° 2026-103 du 19 février 2026).
Localisation de l'investissementPetite entrepriseMoyenne entrepriseGrande entreprisePlafond par projet
France, hors zone aidée35 %25 %15 %150 M€
Zone AFR (art. 107.3.c TFUE)40 %30 %20 %200 M€
Zone AFR (art. 107.3.a TFUE)55 %45 %35 %350 M€

Trois lectures à en tirer :

Le taux plancher est désormais de 15 %. Une grande entreprise qui investit hors zone aidée récupère un septième de son investissement. C'est encore significatif sur un projet à 200 M€ ; ça l'est beaucoup moins dans un arbitrage d'implantation face à un pays voisin.

L'écart territorial s'est mécaniquement creusé en valeur relative. Entre une grande entreprise hors zone (15 %) et une petite entreprise en zone 107.3.a (55 %), le rapport est désormais de un à près de quatre. La localisation pèse plus lourd qu'avant dans l'équation.

La qualification PME se joue au sens communautaire, pas au sens de votre effectif affiché. Les participations amont et aval sont prises en compte. Une société de 80 salariés détenue à 40 % par un groupe industriel peut basculer en « moyenne » voire en « grande » entreprise, avec dix à vingt points d'écart à la clé. C'est le premier calcul à faire, avant même de chiffrer l'assiette.

Le plafond par projet : le changement le plus mal compris

Les montants n'ont pas bougé : 150, 200 ou 350 millions d'euros selon la zone. Ce qui a changé, c'est l'unité de mesure. Le plafond s'apprécie désormais par projet, et non plus par entreprise.

La plupart des commentaires présentent cette évolution comme un durcissement. C'est l'inverse.

Sous l'ancien régime, un groupe industriel qui menait deux plans d'investissement distincts — disons une ligne de production de modules photovoltaïques en Auvergne-Rhône-Alpes et une unité de composants en Hauts-de-France — partageait une seule enveloppe de 150 M€ pour les deux. Le second projet était plafonné par ce qu'avait consommé le premier.

Sous le nouveau régime, chaque projet dispose de son propre plafond.

Pour un industriel mono-site, l'impact est nul. Pour un groupe qui déploie plusieurs unités, c'est une ouverture substantielle — et elle est rarement identifiée comme telle. Si votre feuille de route industrielle comporte plusieurs implantations, la question du découpage en projets distincts devient un sujet de structuration à part entière, à traiter avant le dépôt et non après.

Quatre filières, une liste d'activités réécrite

Le périmètre sectoriel n'a pas bougé : batteries, panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur. En revanche, la liste précise des activités éligibles a été revue pour trois de ces quatre filières, afin de coller à l'annexe du nouveau cadre européen.

L'esprit de la révision est cohérent d'une filière à l'autre : concentrer le soutien sur la fabrication réelle des composants techniques, et non sur l'assemblage ou l'intégration de produits importés.

Batteries. La liste des composants essentiels a été resserrée autour des matériaux actifs de cathode et d'anode, des électrolytes, des collecteurs et feuillards métalliques, et des séparateurs. Une précision a été ajoutée sur la fabrication de cellules : l'association avec la production de modules doit se faire sur le même site et à capacité équivalente.

Panneaux solaires. C'est la filière la plus remaniée. Entrent désormais explicitement dans le champ le poly-silicium et les lingots de qualité photovoltaïque, les plaquettes, le verre solaire, mais aussi — c'est nouveau — les onduleurs et les traqueurs solaires avec leurs structures porteuses. Un fabricant d'onduleurs qui s'était vu écarter sous l'ancienne liste doit refaire l'analyse.

Éoliennes. La liste s'est considérablement enrichie côté composants : aimants permanents, moyeux de rotor, roulements principaux et à pas variable, boîtes de vitesses, systèmes de transmission, générateurs, transformateurs. À l'inverse, l'intégration des éoliennes en mer sur leurs fondations est sortie du périmètre des équipements — seul l'assemblage final reste visé.

Pompes à chaleur. Filière inchangée.

Le principe reste qu'un arrêté fixe la liste limitative faisant foi. Celui de 2024 devra être actualisé pour refléter ces modifications ; d'ici là, le texte de loi est la référence.

Si vous n'êtes pas l'assembleur final

Le dispositif reconnaît trois positions dans la chaîne de valeur : la fabrication de l'équipement, la production des composants essentiels, le travail sur les matières premières critiques.

Les entreprises situées sur les deux derniers maillons devaient jusqu'ici démontrer qu'une part majoritaire de leur activité était réalisée avec des clients situés en aval. Ces conditions ont été assouplies par la loi de finances 2026. Pour un sous-traitant dont la répartition client était limite sous l'ancien régime, l'analyse mérite d'être refaite — un dossier écarté en 2024 n'est pas nécessairement inéligible en 2026.

L'agrément : désormais deux avis, pas un

La demande d'agrément se dépose auprès de la DGFiP, avant tout engagement de dépense, via le guichet dédié.

Jusqu'à présent, la décision reposait sur l'avis conforme de l'Ademe, qui se prononçait sur l'éligibilité technique du projet. La loi de finances 2026 y ajoute un avis favorable du ministre chargé de l'économie, portant sur l'intérêt économique du projet : cohérence avec les objectifs européens, adéquation aux besoins de la filière, effet sur la chaîne d'approvisionnement.

Cette évolution change la nature du dossier. Un mémoire technique irréprochable ne suffit plus. Il faut désormais démontrer que le projet a du sens dans une politique industrielle — ce qui suppose d'argumenter sur le positionnement dans la chaîne de valeur française, les dépendances d'approvisionnement qu'il réduit, et ce que son absence coûterait. C'est un exercice différent, plus proche d'un dossier de politique publique que d'un dossier fiscal.

Comptez trois mois d'instruction à compter du dépôt d'un dossier complet.

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Le calendrier : la contrainte qui fait perdre le dispositif

Le C3IV ne se déclare pas après coup comme le CIR ou le CII. Il s'autorise avant. Une dépense engagée avant le dépôt de la demande est définitivement hors assiette, sans rattrapage possible.

La loi de finances 2026 a d'ailleurs inscrit explicitement dans le texte l'obligation de déposer avant le début des travaux. Ce qui relevait de l'interprétation administrative est désormais une condition légale.

Un exemple chiffré vaut mieux qu'un rappel de principe. Soit un plan d'investissement de 8 M€ pour une unité de production de composants photovoltaïques : 2,5 M€ de terrain et bâtiment, 5 M€ d'équipements, 500 K€ d'incorporels. Vous signez le compromis sur le terrain en mars, vous déposez votre demande en juillet.

Résultat : 2,5 M€ sortent de l'assiette. Pour une PME hors zone aidée à 35 %, cela représente 875 000 € de crédit d'impôt perdus — sur un projet par ailleurs parfaitement éligible, et sans qu'aucun paramètre technique n'ait changé.

La règle de conduite en découle : la demande d'agrément se prépare pendant le tour de table, pas après. Le jour où vous signez un compromis, un devis de génie civil ou un bon de commande machine, la question « ai-je déposé ? » doit déjà avoir une réponse.

Une nuance utile, en revanche : les dépenses engagées après le dépôt mais avant la décision restent éligibles. Vous n'avez pas à geler votre projet pendant l'instruction. Vous avez à déposer tôt.

Les engagements qui vous suivent après le versement

L'agrément ouvre une période pendant laquelle l'administration peut reprendre ce qu'elle a versé. Trois engagements, dont deux ont évolué.

Durée d'exploitation en France. Cinq ans à compter de la mise en service, trois ans pour les PME. Nouveauté favorable : le remplacement d'une installation devenue obsolète ou défectueuse en cours de période n'entraîne plus la reprise du crédit d'impôt. C'est une correction bienvenue — l'ancienne rédaction pénalisait un industriel qui entretenait correctement son outil.

Interdiction de transfert d'activité. Et c'est ici que le texte s'est durci, sur un point largement passé inaperçu. L'ancienne rédaction visait le transfert vers la France d'activités similaires depuis un autre État membre. La nouvelle vise le transfert vers l'établissement qui bénéficie du crédit d'impôt — sans condition d'origine.

Traduction concrète : un transfert d'activité entre deux sites français est désormais bloquant. Un groupe qui consolide deux ateliers existants dans une nouvelle unité, et qui aurait spontanément considéré cette rationalisation comme neutre au regard du C3IV, se retrouve hors du dispositif. C'est probablement la modification la plus susceptible de faire échouer un dossier par surprise. Si votre projet comporte une composante de regroupement industriel, faites-la qualifier avant de déposer.

Situation financière. Une entreprise en difficulté au sens du droit européen n'obtient pas l'agrément. Le nouveau cadre a toutefois assoupli cette notion : les entreprises ayant bénéficié d'une aide au sauvetage ou encore sous plan de restructuration ne sont plus automatiquement exclues.

Cumul avec d'autres aides : un plafond global à surveiller

Le C3IV se cumule avec d'autres aides publiques et des fonds européens. La loi de finances 2026 a encadré ce cumul de deux façons : le total ne peut excéder ni l'intensité d'aide la plus élevée applicable, ni 75 % des coûts admissibles.

Ce second plafond est un vrai sujet de planification. Un projet industriel financé par une subvention régionale, un dispositif Ademe et le C3IV peut approcher ce seuil plus vite qu'anticipé. L'ordre dans lequel vous sollicitez les guichets, et ce que vous déclarez dans chaque dossier, doit être arbitré en amont — pas découvert lors de l'instruction.

Ce que le C3IV ne finance pas

Le C3IV finance des immobilisations, pas de l'activité.

Dans l'assiette : les actifs corporels — terrains, constructions, installations techniques, machines — et les actifs incorporels acquis dans le cadre du plan d'investissement : brevets, licences, savoir-faire.

Hors assiette : vos frais de personnel. Aucun. Ni les ingénieurs qui conçoivent la ligne, ni les opérateurs qui la feront tourner, ni les chercheurs de votre laboratoire.

C'est la différence structurante avec le CIR, dont l'assiette est au contraire majoritairement composée de salaires. Les deux dispositifs ne se recouvrent pas — ils se succèdent. Le C3IV finance l'outil ; le CIR et le CII financent les travaux que vous mènerez avec. Sur un projet industriel complet, les mobiliser tous les deux relève moins du cumul que du séquencement.

Imputation et restitution

Une fois l'agrément obtenu, le crédit d'impôt s'impute sur l'impôt sur les sociétés de l'exercice au cours duquel les dépenses du plan sont engagées. Il se calcule au fur et à mesure de la réalisation du plan agréé, et non en une fois.

L'excédent est restituable : si votre IS est nul ou inférieur au crédit, la différence vous est versée. Le texte prévoit une restitution immédiate ; dans les faits, prévoyez plusieurs semaines de traitement, comme sur un remboursement de CIR. Sur un projet à forte intensité capitalistique, ce décalage se planifie dans le plan de trésorerie, pas après.

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FAQ - Questions fréquentes

Le C3IV existe-t-il encore en 2026 ?

 Oui. Le dispositif devait s'éteindre au 31 décembre 2025 ; la loi de finances 2026 l'a prorogé jusqu'au 31 décembre 2028. Ses paramètres ont toutefois été modifiés pour s'aligner sur le nouveau cadre européen des aides d'État. L'entrée en vigueur de ces modifications dépend d'un décret d'application.

Quel est le taux du C3IV ? Entre 15 % et 55 % selon la taille de l'entreprise et la zone d'implantation. Le taux de base est de 15 % pour une grande entreprise hors zone aidée, et atteint 55 % pour une petite entreprise implantée dans une zone relevant de l'article 107.3.a du TFUE. Tous les taux ont été abaissés de cinq points par rapport au régime en vigueur jusqu'en 2025.

Quelles dépenses sont éligibles au C3IV ? Les investissements corporels — terrains, bâtiments, équipements, machines — et incorporels — brevets, licences, savoir-faire — nécessaires à la création ou à l'extension de capacités de production dans l'une des quatre filières visées. Les frais de personnel sont exclus.

Quelles filières sont concernées ? Quatre : batteries, panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur. La liste détaillée des activités éligibles a été révisée en 2026 pour les trois premières.

Comment obtenir l'agrément C3IV ? Par une demande déposée auprès de la DGFiP avant tout engagement de dépense et avant le début des travaux. Le dossier est instruit sur avis conforme de l'Ademe et, depuis la loi de finances 2026, sur avis favorable du ministre chargé de l'économie. Délai d'instruction : trois mois.

Peut-on cumuler le C3IV avec d'autres aides ? Oui, sous réserve que le total des aides publiques n'excède ni l'intensité maximale applicable, ni 75 % des coûts admissibles.